Accident avec alcool sans blessé : que faut-il savoir ?

Mise à jour le 29 juin 2026
Temps de lecture : 5 minutes
 La prévention passe avant tout par le respect de la loi : ne pas respecter les règles, c’est se mettre en danger et s’exposer à des sanctions. En effet, même en l’absence de blessé, un accident de voiture lié à une consommation d’alcool peut entraîner des conséquences importantes sur les plans pénal, administratif et assurantiel.
L'essentiel :

Un accident de voiture sous l’emprise de l’alcool, même sans blessé, entraîne des conséquences lourdes. Le conducteur s’expose à des sanctions pouvant aller de l’amende au retrait de permis, voire à une peine de prison selon le taux d’alcoolémie. Côté assurance, certaines garanties peuvent être exclues, notamment pour ses propres dommages. Enfin, cet événement peut entraîner jusqu'à une résiliation du contrat.

On parle d'accident sous alcool sans blessé lorsqu'un ou plusieurs véhicules sont impliqués dans un accident de la circulation provoquant uniquement des dommages matériels (sans dommage corporel), et qu'au moins l’un des conducteurs impliqué dans l’accident présente un taux d'alcool supérieur à la limite autorisée par la loi. En effet, la consommation d'alcool altère les réflexes et la vigilance, augmentant ainsi le risque d'accident. 

Un accident matériel se distingue d'un accident corporel par l'absence de victime blessée ou tuée. Il peut s'agir d'une collision entre plusieurs véhicules, mais aussi d'un accident routier seul (choc du véhicule contre un mur, un arbre, une glissière de sécurité, etc). Dans tous les cas, dès qu'un conducteur est contrôlé positif à l'alcool au volant, l'infraction est caractérisée.

En France, la loi encadre strictement cette infraction. Même en l'absence de blessés, la conduite sous l'emprise de l'alcool reste une infraction pouvant entraîner des conséquences lourdes juridiquement. L'alcool diminue fortement les réflexes, la vigilance et la capacité de jugement, augmentant significativement le risque d'accident de voiture. Pour savoir qui est responsable en cas d'accident de voiture, plusieurs éléments sont pris en compte, dont la présence d'alcool au volant.

En France, le code de la route fixe des seuils d'alcoolémie précis au-delà desquels la conduite devient une infraction :

  • 0,5 g/l de sang (ou 0,25 mg par litre d'air expiré) pour les conducteurs confirmés
  • 0,2 g/l de sang pour les titulaires d'un permis probatoire

Le contrôle d'alcoolémie s'effectue généralement au moyen d'un éthylotest homologué qui analyse l'air expiré. En cas de résultat positif, les forces de l'ordre peuvent procéder à une vérification plus précise, voire à une prise de sang si l'usage d'un éthylomètre s'avère impossible.

Lorsqu'un conducteur responsable d'un accident est contrôlé positif à l'alcool, les sanctions varient selon le taux constaté et les circonstances de l'événement.

Pour une contravention (taux entre 0,5 et 0,79 g/l), le conducteur encourt :

  • Une amende forfaitaire de 135 €
  • Un retrait de 6 points sur le permis de conduire
  • Une suspension administrative du permis pouvant aller jusqu'à 3 ans

Pour un délit (taux égal ou supérieur à 0,8 g/l), les sanctions deviennent nettement plus lourdes :

  • Une amende pouvant atteindre 4 500 €
  • Un retrait de 6 points
  • Une suspension du permis pouvant aller jusqu'à 5 ans
  • Une peine de prison pouvant aller jusqu'à 3 ans

Des circonstances aggravantes peuvent alourdir ces sanctions, notamment en cas de refus de se soumettre au contrôle d'alcoolémie, de délit de fuite ou d'accident impliquant plusieurs véhicules.

Le juge peut également prononcer des peines complémentaires telles que :

  • La confiscation du véhicule
  • Un travail d'intérêt général
  • L'obligation de suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière
  • L'interdiction de conduire certains véhicules

En cas de récidive d'alcool au volant, les sanctions sont considérablement aggravées. Le délai de récidive pour les délits routiers est de 5 ans à compter de l'expiration de la précédente peine.

Le conducteur en situation de récidive encourt notamment :

  • Une annulation du permis de conduire (automatique en cas de récidive de délit de conduite sous alcool)
  • Une interdiction de repasser le permis pendant plusieurs années (jusqu'à 5 ans)
  • Des peines d'emprisonnement pouvant atteindre 4 ans pour les multirécidivistes
  • Des peines complémentaires renforcées : stage obligatoire, immobilisation ou confiscation du véhicule

Pour récupérer son permis après une annulation du permis, le conducteur devra obligatoirement passer des tests psychotechniques et un examen médical auprès d'un médecin agréé, avant de repasser les épreuves du permis de conduire

La suspension du permis peut être décidée à deux niveaux distincts :

  • Administrativement, par le préfet, dans un délai de 72 à 120 heures après la constatation de l'infraction liée à l'alcool. Cette suspension administrative intervient avant tout jugement et dure généralement entre 2 et 6 mois selon le taux constaté.
  • Judiciairement, par un juge lors du procès. La suspension judiciaire peut alors atteindre 5 ans dans les cas les plus graves.

Un conducteur peut ainsi faire l'objet d'une suspension administrative immédiate, suivie d'une suspension judiciaire prononcée ultérieurement par le tribunal.

L'annulation du permis de conduire constitue la sanction la plus sévère. Elle est automatique en cas de récidive de délit de conduite sous alcool et implique de repasser intégralement les épreuves du permis de conduire après un délai d'interdiction pouvant aller jusqu'à 5 ans. Avant de pouvoir se réinscrire, le conducteur doit obligatoirement effectuer des visites et tests approuvant son aptitude à pouvoir repasser l’examen du permis de conduire.

Les titulaires d'un permis probatoire (jeune permis) sont soumis au seuil abaissé de 0,2 g/l de sang. En cas d'infraction, ils encourent les mêmes sanctions pénales que les conducteurs confirmés, mais avec un impact particulièrement lourd sur leur capital de points, déjà réduit pendant la période probatoire.

 Même sans blessé, certaines démarches sont essentielles après un cas d'accident impliquant de l'alcool. En effet, les forces de l'ordre peuvent procéder à un contrôle d'alcoolémie lorsqu'un conducteur est impliqué dans un accident de la circulation, même matériel. Ce contrôle peut déboucher sur une procédure pénale si le taux constaté dépasse les seuils légaux.

Le constat amiable permet de décrire les circonstances de l'accident et de faciliter l'indemnisation.

  • Il est recommandé de le remplir immédiatement, même si les forces de l'ordre ne sont pas intervenues
  • En cas de désaccord, chaque conducteur peut compléter sa partie 
  • Si l'un des conducteurs suspecte une alcoolisation, il est préférable de le mentionner dans les observations

Si la situation est conflictuelle ou si un conducteur refuse de coopérer, il est conseillé de prévenir les forces de l'ordre qui pourront réaliser eux-mêmes le constat si nécessaire. En présence d'alcool, une procédure pénale sera engagée parallèlement à la gestion du sinistre.

Après l'accident, vous devez informer votre assureur dans les meilleurs délais et dans un maximum de 5 jours ouvrés. Ce délai de préavis est impératif et conditionne la prise en charge du dossier.

Cette déclaration doit contenir :

  • Le constat amiable (complété et signé si possible)
  • Toute information utile (photos, témoignages, etc)

Une fois la déclaration effectuée, l'assureur examine le dossier et détermine les conséquences sur l'assurance : application ou non de l’exclusion de garantie, exercice d'un recours, impact sur le coefficient de bonus-malus. Si votre contrat comporte une garantie protection juridique, celle-ci peut, selon les conditions du contrat, prendre en charge tout ou partie des frais d'avocat et de procédure liés à la défense de vos intérêts dans le cadre du litige ou de la procédure pénale.

Un accident sous emprise de l’alcool peut avoir un impact important sur votre couverture d'assurance, même en l'absence de blessés.

En cas de conduite sous ivresse, certaines garanties peuvent ne pas s'appliquer. On parle alors d'exclusion de garantie.

Concrètement, votre contrat prévoit généralement des clauses d'exclusion relatives à la consommation d'alcool. Ces clauses auront pour effet d'exclure l'indemnisation de vos propres dommages :

  • Les garanties facultatives (comme dommages tous accidents, incendie, vol) peuvent être exclues
  • Les réparations de votre propre véhicule peuvent rester à votre charge
  • La garantie individuelle conducteur pourra ne pas s’appliquer pour vos dommages corporels

Cette exclusion de garantie ne concerne cependant que vous en tant que conducteur responsable. Elle n'affecte pas l'indemnisation des victimes tierces, qui reste garantie par la responsabilité civile obligatoire.

Un accident responsable avec alcool entraîne généralement plusieurs conséquences sur votre contrat :

  • Une augmentation du malus de 25 % (coefficient de réduction-majoration), comme pour tout accident responsable en France
  • Une hausse de la prime d'assurance pouvant être très significative
  • Dans certains cas, une résiliation du contrat pour aggravation du risque

La résiliation peut également intervenir pour d'autres motifs graves comme un délit de fuite. Lorsqu'un contrat est résilié, votre assureur communique l'information au fichier des résiliations automobiles géré par l'AGIRA. Cette inscription, conservée pendant 5 ans en cas de résiliation après sinistre, rend la recherche d'un nouvel assureur plus compliquée et plus coûteuse. Les nouveaux assureurs consultent systématiquement ce fichier pour évaluer le risque avant toute souscription.

La meilleure solution reste encore d'éviter toute conduite après consommation d'alcool. Plusieurs alternatives existent : désigner un conducteur sobre (le principe du « Sam »), utiliser les transports en commun ou des services de VTC, ou prévoir de rester sur place le temps que l’alcool dans le sang soit à 0.

Il est utile de savoir que l' élimination de l'alcool dans le sang est un processus lent et constant : le corps élimine en moyenne 0,10 à 0,15 g/l par heure, quelle que soit la méthode employée (café, douche froide, etc). Ainsi, après avoir bu, plusieurs heures peuvent être nécessaires avant de repasser sous le seuil légal.

Même si la fiabilité peut-être variable, l'éthylotest (chimique ou électronique) peut être utile pour vérifier son taux d'alcool avant de prendre le volant, mais il ne remplace pas la prudence. En cas de doute sur son état d'ivresse manifeste, mieux vaut renoncer à conduire : les conséquences d'un accident avec alcool au volant dépassent largement le coût d'une solution alternative de transport.

Lorsque le taux d'alcoolémie atteint ou dépasse 0,8 g/l, le conducteur est convoqué devant le tribunal correctionnel. La convocation intervient dans un délai variable (aucun délai légal n'est imposé, mais la prescription délictuelle est de six ans). Lors de l'audience, le juge examine les circonstances de l'infraction, le taux relevé et l'éventuel casier judiciaire du prévenu. Les sanctions prononcées peuvent inclure une amende, une suspension ou annulation du permis, un stage de sensibilisation obligatoire, voire une peine d'amende appliquée sur un nombre de jours (le juge fixe alors un montant journalier multiplié par un nombre de jours, par exemple 10 € sur 100 jours). 

En cas d'accident sous alcool, la garantie responsabilité civile obligatoire continue de jouer : l'assureur indemnise les dommages causés aux tiers (autres véhicules, piétons, infrastructures). En revanche, vos propres dommages matériels et corporels peuvent ne pas être couverts en raison d'une exclusion de garantie prévue dans le contrat. Concrètement, les réparations de votre véhicule resteront à votre charge si les garanties facultatives (dommages tous accidents, vol, incendie) sont exclues. Par ailleurs, même après avoir indemnisé les victimes, votre assureur peut exercer un recours contre vous pour récupérer les sommes versée

Les conséquences d'un accident en état d'ivresse sans blessé restent significatives, mais nettement moins sévères qu'en cas d'accident mortel. Sur le plan pénal, vous encourez une amende pouvant atteindre 4 500 €, un retrait de 6 points, une suspension ou annulation du permis, ainsi qu'un casier judiciaire. Sur le plan assurantiel, votre contrat peut être résilié et vous risquez une majoration importante de votre prime ou un malus durable. Si vous ajoutez à l'alcoolémie d'autres circonstances aggravantes (comme un délit de fuite, qui constitue une infraction distincte passible de 3 ans de prison et 75 000 € d'amende), les sanctions peuvent être considérablement alourdies. En cas d'accident mortel, les peines maximales peuvent atteindre 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende lorsque plusieurs circonstances aggravantes sont réunies.

La conduite sous alcool ne détermine pas automatiquement la responsabilité totale du conducteur responsable dans l'accident. En revanche, elle constitue une faute présumée qui pèse lourdement dans l'appréciation de la responsabilité. Concrètement, si vous êtes contrôlé avec un taux d'alcool illégal après un accident, votre responsabilité sera quasi systématiquement retenue, sauf si vous parvenez à démontrer que l'autre conducteur a également commis une faute ayant contribué à l'accident (non-respect d'un stop, excès de vitesse, etc.). L'alcoolémie peut ainsi être considérée comme l'une des circonstances aggravantes dans l'analyse du sinistre. Le partage de responsabilité reste néanmoins possible selon les circonstances précises de l'accident, même si l'alcool complique fortement toute contestation.