Fiscalité décès assurance vie : quels prélèvements et abattements s'appliquent ?

Publié le 6 novembre 2026

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Au décès de l'assuré, le capital transmis aux bénéficiaires d'un contrat d' assurance vie échappe en principe aux règles successorales classiques, sous réserve de certaines situations particulières. Il reste cependant soumis à un régime fiscal spécifique, défini par le Code général des impôts. Ce régime dépend de l'âge auquel les primes ont été versées, de la date de souscription du contrat et du profil du bénéficiaire. Comprendre ces règles permet d'anticiper la charge fiscale et de mieux organiser la transmission de son patrimoine.

L'essentiel :

La fiscalité de l'assurance vie au décès repose sur deux régimes distincts, selon que les primes ont été versées avant ou après le 70e anniversaire de l'assuré. Avant 70 ans, chaque bénéficiaire bénéficie d'un abattement individuel de 152 500 €, au-delà duquel un prélèvement de 20 % puis de 31,25 % s'applique. Après 70 ans, seules les primes versées au-delà d'un abattement global de 30 500 € sont soumises aux droits de succession, tandis que les gains capitalisés restent exonérés. Certains bénéficiaires, comme le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, échappent totalement à ces prélèvements. Des règles dérogatoires favorables s'appliquent aux contrats les plus anciens.

La fiscalité de l'assurance vie en cas de décès repose sur deux articles du Code général des impôts. Leur application dépend principalement de l'âge de l'assuré au moment des versements. Ces deux régimes peuvent même coexister sur un même contrat, si des primes ont été versées avant et après le 70e anniversaire de l'assuré. Voici comment les distinguer.

L' article 990 I du CGI régit la fiscalité des primes versées avant le 70e anniversaire de l'assuré. Chaque bénéficiaire dispose d'un abattement individuel de 152 500 €, apprécié sur l'ensemble des contrats souscrits sur la tête d'un même assuré. Au-delà de cet abattement, un prélèvement forfaitaire s'applique selon les tranches suivantes :

  • 20 % sur la fraction comprise entre 152 501 € et 852 500 € (soit 700 000 € au-delà de l'abattement) 
  • 31,25 % sur la fraction excédant 852 500 €

Ce prélèvement est directement opéré par l'établissement financier avant le versement des capitaux au bénéficiaire.

L' article 757 B du CGI soumet les primes versées après 70 ans aux droits de succession classiques, pour leur fraction excédant un abattement global de 30 500 €. Cet abattement est unique : il est partagé entre l'ensemble des bénéficiaires et l'ensemble des contrats souscrits par le défunt. Les droits appliqués varient ensuite selon le lien de parenté entre le défunt et le bénéficiaire, conformément au barème des droits de mutation à titre gratuit.

Point important à retenir : les intérêts et plus-values capitalisés sur ces primes restent totalement exonérés, quel que soit leur montant. Seules les primes elles-mêmes (les versements effectués) entrent dans l'assiette taxable au titre de cet article.

Bon à savoir

L' abattement fiscal de 152 500 € prévu par l'article 990 I s'applique individuellement à chaque bénéficiaire désigné. À l'inverse, l'abattement de 30 500 € prévu par l'article 757 B est global : il se répartit entre tous les bénéficiaires et tous les contrats souscrits sur la tête du même assuré. Ces deux abattements ne fonctionnent donc pas de la même façon, et leur confusion est fréquente. Vérifiez toujours lequel s'applique à votre situation avant d'estimer la fiscalité due.

Certains bénéficiaires échappent intégralement à la fiscalité prévue par l'article 990 I, quelle que soit la date de versement des primes et le montant transmis. Cette exonération constitue l'un des atouts majeurs de l'assurance-vie dans une stratégie de transmission patrimoniale. Deux catégories de bénéficiaires sont concernées, avec des conditions différentes.

Lorsque le bénéficiaire désigné est le conjoint marié ou le partenaire lié par un PACS au défunt, le capital transmis est entièrement exonéré de prélèvement au titre de l' article 990 I. Cette exonération s'applique pour les décès survenus après le 22 août 2007, date d'entrée en vigueur de la loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 dite loi TEPA, sans plafond de montant. Elle s'ajoute à l'exonération de droits de succession dont bénéficient déjà ces bénéficiaires dans le cadre successoral classique, telle que prévue par l' article 796-0 bis du CGI.

Les frères et sœurs du défunt peuvent également bénéficier d'une exonération totale sur les capitaux décès. Pour cela, ils doivent réunir simultanément les 3 critères suivants :

  • être célibataire, veuf(ve), divorcé(e) ou séparé(e) de corps au moment du décès 
  • être âgé(e) de plus de 50 ans ou être atteint(e) d'une infirmité empêchant d'exercer une activité professionnelle 
  • avoir été domicilié(e) de façon constante avec le défunt pendant les 5 années ayant précédé le décès

Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, l'exonération ne s'applique pas. Le régime fiscal de droit commun (article 990 I ou 757 B selon l'âge au versement) reprend alors ses droits.

La date de souscription du contrat et la date de versement des primes jouent un rôle déterminant dans l'application des régimes fiscaux. Pour les contrats les plus anciens, des règles spécifiques permettent une exonération totale, en dehors même du champ d'application des articles 990 I et 757 B. Ces situations concernent encore de nombreux épargnants aujourd'hui.

Les contrats d'assurance-vie souscrits avant le 20 novembre 1991 et dont les primes ont été versées avant le 13 octobre 1998 bénéficient d'une exonération totale de droits de succession et de prélèvement forfaitaire, quel que soit l'âge de l'assuré au moment des versements. Ni l'article 990 I ni l'article 757 B ne s'appliquent à ces sommes. Il s'agit d'un régime dérogatoire favorable, issu des règles antérieures aux grandes réformes fiscales de la fin des années 1990.

Pour les contrats souscrits après le 20 novembre 1991, les règles varient selon deux variables croisées : l'âge de l'assuré au moment du versement et la date à laquelle les primes ont été versées. Voici les 4 situations à distinguer :

  • primes versées avant 70 ans et avant le 13 octobre 1998 : exonération totale 
  • primes versées avant 70 ans et après le 13 octobre 1998 : application de l' article 990 I (abattement de 152 500 €, puis 20 % et 31,25 %) 
  • primes versées après 70 ans et avant le 13 octobre 1998 : soumises aux droits de succession selon l'article 757 B
  • primes versées après 70 ans et après le 13 octobre 1998 : application de l' article 757 B avec abattement global de 30 500 €

Ces distinctions montrent que la fiscalité d'un contrat d'assurance-vie ne se résume pas à une seule règle. L'analyse doit porter sur chaque versement, en tenant compte de sa date et de l'âge de l'assuré à ce moment-là.

L'assurance vie est considérée comme hors actif successoral : les capitaux transmis au décès ne sont pas soumis aux règles de partage entre héritiers ni au barème progressif des droits de succession applicable au patrimoine ordinaire. Cette spécificité en fait un outil de transmission particulièrement efficace, notamment pour avantager des bénéficiaires éloignés ou non apparentés.

Ces avantages ne sont toutefois pas garantis dans tous les cas. Lorsque les primes versées sont manifestement exagérées au regard de l’âge, de la situation patrimoniale et familiale du souscripteur et de l’utilité du contrat pour lui, elles peuvent être réintégrées dans le calcul de la succession, au profit des héritiers. Le contrat peut également être requalifié en donation lorsqu’il ne comporte pas de véritable aléa, notamment si le souscripteur est très âgé ou gravement malade au moment du versement. Ces situations sont appréciées par le juge, au cas par cas : avant d’effectuer des versements importants, rapprochez-vous d’un conseiller ou d’un notaire.

À titre d'illustration, un neveu qui hérite de 200 000 € via une succession classique supporte une taxation de 55 % au-delà de son abattement de 7 967 €, soit plus de 105 000 € de droits. Le même montant transmis via un contrat d'assurance vie, avec des primes versées avant 70 ans, ne serait imposé qu'à hauteur de 20 % sur la fraction excédant 152 500 €, soit environ 9 500 €. L'écart est donc considérable.

Cette comparaison illustre l'intérêt de désigner précisément les bénéficiaires dans la clause bénéficiaire du contrat. Elle souligne aussi l'importance de planifier les versements en tenant compte des seuils d'âge et des dates fiscalement déterminantes. En cas de doute sur votre situation personnelle, il est recommandé de consulter un conseiller spécialisé ou de vous rapprocher de l'administration fiscale pour connaître les démarches applicables à votre contrat

L'abattement de 152 500 € est un avantage fiscal individuel accordé à chaque bénéficiaire désigné dans un contrat d'assurance vie, pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré. Concrètement, cela signifie que chaque bénéficiaire peut recevoir jusqu'à 152 500 € en totale franchise d'impôt. Au-delà, un prélèvement de 20 % s'applique jusqu'à 852 500 €, puis de 31,25 % pour la fraction supérieure. Cet abattement est apprécié sur l'ensemble des contrats souscrits sur la tête d'un même assuré : si vous êtes bénéficiaire de plusieurs contrats d'un même défunt, les capitaux reçus se cumulent pour apprécier ce seuil. En désignant plusieurs bénéficiaires, il est possible de multiplier cet abattement et d'optimiser significativement la transmission de son patrimoine.

En pratique, pour les capitaux relevant de l' article 990 I, c'est l'assureur qui se charge de prélever directement les éventuels impôts avant de verser les capitaux au bénéficiaire. Vous n'avez donc pas à effectuer vous-même le calcul ni le paiement du prélèvement forfaitaire. En revanche, si les sommes reçues entrent dans le cadre de l' article 757 B, elles doivent être déclarées dans la succession et mentionnées dans la déclaration de succession déposée auprès de l'administration fiscale. En cas de doute sur vos obligations déclaratives, il est conseillé de vous rapprocher de votre assureur ou d'un notaire, qui pourront vous guider selon votre situation personnelle.

Oui, et c'est l'un des grands atouts de l'assurance vie. Contrairement à une succession classique, où un ami ou un neveu éloigné peut être taxé jusqu'à 55 %, l'assurance vie permet de désigner librement n'importe quelle personne comme bénéficiaire. Si les primes ont été versées avant 70 ans, cette personne bénéficiera de l'abattement individuel de 152 500 €, puis d'un prélèvement plafonné à 31,25 %. L'économie fiscale peut être très significative par rapport aux droits de succession classiques, notamment pour les personnes sans lien familial direct avec le défunt. C'est pourquoi la rédaction soignée de la clause bénéficiaire est une étape clé dans toute stratégie de transmission patrimoniale.

Si le contrat d'assurance vie ne comporte pas de clause bénéficiaire, ou si les bénéficiaires désignés sont décédés avant l'assuré sans qu'une mise à jour ait été effectuée, les capitaux tombent dans la succession. Ils perdent alors leur statut hors succession et sont soumis aux droits de succession classiques, selon le lien de parenté entre le défunt et les héritiers. Les avantages fiscaux spécifiques à l'assurance vie disparaissent dans ce cas. C'est pourquoi il est fortement recommandé de vérifier et de mettre à jour régulièrement la clause bénéficiaire de son contrat, notamment après un mariage, un divorce, une naissance ou un décès dans l'entourage. Vous pouvez également utiliser le simulateur de droits de succession de service-public.fr pour estimer la charge fiscale applicable à votre situation.